CHLOÉ ASCENCIO — Facilitation interculturelle & Coaching
Crosscultural Facilitator & Coach, specialist of China Business & Management Culture – Coaching
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L’harmonie des relations : une valeur centrale

La première règle sociale implicite consiste à protéger ma face et celle de mon entourage. Dès qu’il y a relation, les dangers pour la face sont nombreux : contradiction, critique, expression de mépris, d’exaspération, de colère… Le débat est perçu dans sa dimension essentiellement conflictuelle donc improductive et menaçante pour la face des protagonistes. Il est impératif, pour maintenir la relation (dont j’ai besoin pour échanger de la face) d’éviter de donner une opinion si elle risque d’entrer en contradiction avec celle d’un autre (surtout si son statut social est supérieur au mien), de s’abstenir de critiquer, et de ne pas afficher de sentiment « négatif ». Ce que Confucius nomme « harmonie » et qui pour un Occidental ne signifie pas grand’chose, c’est le fait de protéger la face de l’autre, d’éviter l’affrontement par tous les moyens et pour cela de ne pas embrasser des points de vue trop extrêmes afin de garder une prudente modération : le « juste milieu » (zhongyong中庸), expression un peu déroutante pour un Occidental, est surtout une mise en garde contre les positions extrémistes, celles qui troubleraient les relations et seraient finalement contre-productives.

"L’Occidental qui remercie risque alors d’être perçu comme impoli"- Chloé Ascencio

Prenons un exemple très simple pour comprendre les malentendus interculturels liés à l’échange de face : Dire merci quand on reçoit un compliment (c'est-à-dire de la face) est poli en France, mais la politesse traditionnelle chinoise consiste à refuser le compliment, par humilité en s’écriant: nali, nali! 哪里哪里 (« où ça? » au sens de « mais non, pas du tout ») Il s’agit de se rabaisser un peu afin de « remonter » l’autre en retour, et ainsi le valoriser pour que la « balance de la relation » se rééquilibre et que l’échange soit équitable. Quand un Occidental dit merci à un compliment fait par un Chinois (qui n’est pas habitué aux coutumes occidentales), il existe un risque de malentendu. Pour le Chinois, le compliment (ou don de face) est une manière d’entrer en relation, c’est à dire de créer une dette de face qui va moralement contraindre l’autre à rendre la face donnée (« forcer le sentiment », qiang renqing 强人情). L’Occidental qui remercie risque alors d’être perçu comme impoli car il a l’arrogance d’accepter le compliment au lieu de le refuser humblement. De plus, il interrompt la relation en ne rendant pas la face qu’il vient de recevoir: « recevoir sans rendre est impoli » a dit Confucius. La confiance ne peut donc pas s’établir car l’Occidental apparaît comme quelqu’un qui « ne comprend pas les sentiments ».