CHLOÉ ASCENCIO — Facilitation interculturelle & Coaching
Crosscultural Facilitator & Coach, specialist of China Business & Management Culture – Coaching
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Non-agir du manager et présence compétente

Comment concrètement le manager peut-il mettre le non-agir, l’art d’agir sans effort au service de la performance collective? Et si on parlait de présence compétente?

Il s’agit d’abord de présence physique, de proximité :

« Mon chef n’a jamais le temps pour se poser et discuter avec moi »

« Mon manager n’est jamais là »

Un manager présent est accessible, facile à joindre. Il a aussi la capacité à accorder une attention totale à la personne en face. Etre écouté vraiment change la perception que chacun a de l’autre et de soi-même. Et c’est là qu’il y a un apprentissage à faire pour certains dirigeants qui savent donner l’impression qu’ils écoutent, alors qu’en réalité ils ne sont pas dans une attention curieuse à l’égard de l’autre. Ils “prennent” pas les feedbacks et restent figés dans leurs idées.

« Quand je lui parle, il regarde son téléphone »

« pendant que je lui faisais mon debriefing, elle dictait en même temps des choses à son assistante. »

La bonne nouvelle, c’est que l’écoute et l’accueil du feedback s’apprennent, ce sont des compétences essentielles. C’est même une grande partie du travail d’un coach avec son client.

Cela commence aussi par se regarder les uns les autres plutôt que de fixer l’écran où un powerpoint coupe le lien et vide l’énergie du groupe.

Etre présent et écouter, c’est déjà donner de la reconnaissance. On peut donc parler de non-agir, car il s’agit d’une action minimaliste et puissante qui fait émerger de la confiance, de l’envie d’agir, de l’autonomie et de la créativité.

Laisser partir la croyance qu’un manager doit “mettre la pression” sur son équipe. Cette stratégie marche à court terme car elle accroît la peur chez les gens de ne pas remplir leurs objectifs, la peur de l’échec. Pourtant “mettre la pression” sur les personnes les empêche de ressentir des émotions positives et étouffe en eux tout désir d’expérimenter et d’apprendre. Ils finissent par éprouver une certaine rancœur vis-à-vis de la direction. S’ils le peuvent, ils s’en iront. Sinon, ils utiliseront le “pouvoir du faible” : congé maladie, absentéisme, grève et manifestation... Le sujet est d’actualité!

Le pouvoir peut amener les managers à se concentrer à l’excès sur les résultats et les contrôles, et, ce faisant, à traiter leurs subordonnés comme de simples moyens pour parvenir à leurs fins. Ce faisant, ils ne perçoivent pas la vraie valeur de ceux dont ils ont la charge, surtout des travailleurs au bas de l’échelle hiérarchique.

C’est sa présence compétente qui permet au dirigeant de s’appuyer sur ses collaborateurs en sollicitant leurs idées et leurs contributions, en leur demandant comment il/elle peut les aider à mieux travailler et à réussir.

Sa présence compétente crée une culture de l’apprentissage et un environnement de travail stimulant et innovant. Plutôt que de dire, à ceux qui sont experts de leur métier et de leur clients, comment ils doivent faire et leur “mettre la pression”, le dirigeant pourrait se contenter de leur poser des questions sur ce qui marche et ne marche pas, et ce qu’ils voudraient faire autrement. Et tenir compte de ces idées en proposant aux collaborateurs de les expérimenter eux-mêmes: les rendre acteurs de l’innovation.

Et cela il peut le faire tous les jours et le modéliser dans sa façon d’animer son comité de direction pour apprendre à ses managers à en faire autant avec leurs équipes sur le terrain, au quotidien…

En favorisant la co-responsabilité dans son équipe, il crée les conditions de la puissance d’agir en autonomie et de la créativité collective. Son action minimaliste est d’accompagner le flux d’énergie, d’idées et d’initiatives émergeant de son équipe.

« Nous étions persuadés de bien connaître nos vendeurs. En les écoutant vraiment, on s’est rendu compte qu’il y avait plein de choses que nous n’avions pas vues et entendues. Leur niveau de service s’est amélioré depuis que nous les avons valorisés et responsabilisés. Ils prennent plus d’initiatives, le turn over a baissé. Les relations ont changé aussi dans l’entreprise,on ose se dire les choses et c’est très dynamisant. »

Le manager qui va dans le sens du courant, celui de la moindre résistance tout en gardant la maîtrise de son action s’appuie beaucoup sur les autres. Ainsi il économise son énergie pour élargir sa vision, concevoir sa stratégie, nouer des alliances... Cette présence compétente permet en effet de développer le pouvoir d’agir des collaborateurs en donnant de la valeur et du sens à ce qu’ils sont et à leur travail, ce qui renforce leur engagement à long terme. Il est comme un bol vide qui laisse la place aux autres et crée les conditions de leur créativité et et de leur performance.

Le pouvoir d’agir remplace progressivement les compétences traditionnelles de l’ère industrielle. Dans les nouveaux espaces créatifs ouverts par la révolution digitale et l'intelligence artificielle, les personnes travailleront de plus en plus à partir de leur présence compétente et de leur réseau. Ils se reposeront de moins en moins sur leurs compétences explicites (métier). 

Le monde du travail post-industriel met les relations au centre. Aujourd’hui, le succès d’un manager n’est plus le résultat de sa seule compétence individuelle, mais de sa présence compétente qui stimule des interactions valorisantes et créatives entre les personnes de son équipe et de son réseau.

Chloé Ascencio